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Eloge d'un cinéma tunisien, encore et toujours, engagé (I) Version imprimable Suggérer par mail
L’âge d’or
Dans le secteur du cinéma tunisien, l'heure est à la réforme. Voilà quelques mois déjà, une commission consultative nationale a été désignée pour proposer une stratégie globale de redressement et de développement du cinéma et de l'audiovisuel où il serait même question d'un projet ambitieux de «Politique globale de l'image en Tunisie».

Cellule de crise, dirions-nous, car, notamment d’un point de vue économique et structurel, le paysage audiovisuel tunisien et notamment cinématographique, cumule des difficultés réelles de production, de distribution et d’exploitation. Face à cette situation de malaise tangible et effectif, quelques dérapages n’ont pas manqué de semer l’anathème sur la créativité des cinéastes tunisiens, englobant dans la crise économique une implacable crise qualitative qui jette aux orties l’ensemble des films tunisiens et plus sévèrement encore la pratique de jeunes réalisateurs de premiers longs métrages et de films courts. Sur certaines ondes radiophoniques, le cinéma tunisien fut réduit à «des hamams, des scènes de nudité et de viol» et dans certains articles, la désaffection du public pour certains films tunisiens a été expliquée par le verdict sans rappel de films tunisiens «qui ne parlent pas aux Tunisiens et qui ne les concernent pas». Quelques voix se sont néanmoins élevées pour relativiser cette surenchère alarmiste et pour rappeler qu’il faut s’abstenir de jeter le bébé avec l’eau de son bain. Dans cette réflexion, que nous soumettons au lecteur en trois volets, nous joignons notre plume à ces voix, paradoxalement dissidentes, qui affirment d’abord que la décennie 1996-2006, a connu des films de grande qualité et consacré l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes tunisiens prometteuse et apte à porter le flambeau; et que d’autre part, en dépit de problèmes économiques qui sévissaient depuis les années 80 et qui se sont aggravés, faute de nouvelles mesures juridiques, fiscales et financières, le cinéma tunisien, toutes générations confondues, reste fidèle a sa vocation: un cinéma socialement engagé.

La génération de Nouri Bouzid et l’engagement social
La décennie 1985-1995 considérée, à raison, comme l’âge d’or du cinéma tunisien, a marqué les esprits par les succès incontestables de quelques longs métrages qui forgèrent l’estime internationale (notamment via Le Festival international de Cannes) et suscitèrent une adhésion inédite du public autochtone. Pourtant, cette décennie, et sans chercher aucunement à réduire son aura, a aussi engendré des films tout juste moyens si ce n’est médiocres. En réalité, ladite décennie a vu naître une bonne trentaine de longs métrages et, aujourd’hui, qui parmi nous, avec enthousiasme et ferveur, pourrait citer plus de cinq titres? Retenons alors, pour la suite de l’argumentaire, que l’éclat de l’âge d’or de notre cinéma national est engendré par ce qui avoisine un taux de réussite de 17%. Postulons alors les raisons de plébiscite de ladite décennie et examinons à l’aune de ses hypothèses et de ses conclusions ce qu’il en est de la production de la décennie décriée, la décennie 1996-2006 !

Formés pour la plupart dans des écoles européennes, dans une filiation évidente aux cinématographies modernes de la Nouvelle vague française et du Néoréalisme italien, la nouvelle vague tunisienne de Nouri Bouzid, Abdellatif Ben Ammar, Férid Boughedir, Moncef Dhouib (...) a éclaté, dès le début des années 80, telle une source fraîche, impétueuse et désaltérante. Cette génération a opéré une rupture sans précédent avec le système de représentation, aussi bien cinématographique que télévisuel, pour amorcer un procès virulent contre le culte des origines et du passé. A la faveur d’un saut qualitatif inestimable, tant au niveau artistique que discursif, le plus grand mérite des pionniers de cette nouvelle vague tunisienne a été d’avoir fait advenir à l’écran la structure renversée du regard social et d’avoir induit ainsi la société tunisienne dans un nouveau rapport spéculaire. Ils ont, en effet, révélé les anachronismes de la société patriarcale, son refus obstiné de toute métamorphose et de tout progrès, mettant ainsi à l’index son inaptitude organique à l’émergence du Sujet moderne. En inaugurant la nécessaire remise en question de la figure du Père et des lois d’identification et d’appartenance qui lui sont consubstantiels, ils ont profilé de nouveaux personnages, sorte de héros malheureux qui vivent un déchirement insoutenable entre une intégration sociale tributaire de leur renoncement à toute subjectivité et une exclusion douloureuse s’ils se réclament d’une individuation et d’une singularité (*). S’exposant parfois aux ciseaux de la censure, les cinéastes de cette génération des années 80 ont raconté des histoires qui paraissent de prime abord autobiographiques, singulières, voire uniques, mais dont les récits se télescopent, se croisent, se citent pour peindre le portrait d’une société figée et immobile, traditionnelle et conservatrice, voire quasiment archaïque: une société faite pour durer et non pour changer. Ils ont investi la mémoire subjective, matérialisé visuellement les valeurs de l’intériorité et de l’affect, donné une forme signifiante à une certaine idée de cassure existentielle et de mal-être pour accuser une société tunisienne rigoureusement stratifiée (le sang, le sexe, l’âge...) et résistante à tout débordement de son ordre moral. Ils ont ainsi réussi à dresser un procès éloquent de la société tunisienne qui, à l’instar des sociétés arabes et musulmanes, rechigne à remettre en question l’héritage du passé et à affronter les exigences, désormais universelles, du présent. En dernière instance, les cinéastes de la décennie 86-96 se sont emparés du passé, de ses archaïsmes, de son héritage et de la persistance, contre toute logique historique, de ses valeurs immuables pour les récuser, en faire un horizon définitivement clos sur lui-même et réclamer une société moderne, laïque et sécularisée. Cet engagement, porté par une certaine vision esthétique et un certain savoir-faire technique, a payé. Les films phares qui ont porté cet engagement et cette vision ont su non seulement forger l’estime des critiques autochtones et étrangers, séduire les spectateurs de Tunisie et d’ailleurs, mais aussi faire oublier les approximations et les ratages et créer même le mythe d’un âge d’or désormais éculé et, depuis, inatteignable! Qu’en est-il au juste ?

Sonia CHAMKHI
 

La presse | Publié le 31.10.2009

 

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