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Après "La Graine et le Mulet" Version imprimable Suggérer par mail

Quelques semaines après la sortie du film, incroyable succès public, nous sommes retournés sur les lieux du tournage, à la rencontre des acteurs, figurants et techniciens qu’Abdellatif Kechiche, comme il en a l’habitude, avaient mis à contribution. Jérémie Couston, alléché par l’odeur du couscous au poisson, s’est porté volontaire pour mener l’enquête. Sète, une belle histoire.

Image
De gauche ‡ droite : Kader Boulaga, animateur d'une maison de quartier, il Ètait rÈgisseur stagiaire sur le film ; Nadia Taoul, actrice : c'est en venant chercher sa mËre au casting qu'elle a ÈtÈ repÈrÈe. Khadidja Taoul, figurante, et Leila D'Issernio, qui jouait le rÙle d'une des filles de Slimane, le hÈros.
 
 

Plus de deux ans après le tournage de La Graine et le Mulet dans la ville de Sète, quel souvenir le film d'Abdellatif Kechiche a-t-il laissé dans la mémoire de ces habitants qui s'y sont investis corps et âme ? Et du côté des spectateurs : ira-t-on déguster à Sète le couscous au poisson de Slimane ? Quatre heures de TGV plus tard, nous voilà aux portes de la « Venise du Languedoc », avec ses canaux reliant Méditerranée et étang de Thau. Construit autour d'une colline, le mont Saint-Clair, le port de l'Hérault aurait, vu du large, la forme d'une baleine. Jusqu'en 1927, on écrivait même « Cette », comme cétacé.

Dans la ville de Paul Valéry, les souvenirs du tournage sont légion, et encore vifs. Mais pas encore de pèlerin à l'horizon. Le cinéphile nostalgique qui vient à Rochefort dans l'espoir de danser avec le souvenir des « Demoiselles » le fait pour se replonger dans le monde enchanté, surnaturel, inventé par le Nantais Jacques Demy. Mais le cinéma néo-néoréaliste d'Abdellatif Kechiche n'est pas du genre à substituer à notre regard « un monde qui s'accorde à nos désirs », selon la formule d'André Bazin. La manière dont Kechiche s'est approprié la ville de Sète (43 000 habitants) fait davantage penser au premier film d'Agnès Varda, La Pointe courte. Tournée en 1954 dans un quartier de pêcheurs au nord de la ville, au bord de l'étang de Thau, cette chronique est souvent considérée par les historiens du cinéma comme le véritable acte de naissance de la Nouvelle Vague. Décors naturels, acteurs non professionnels, très peu de moyens mais beaucoup de liberté. Plus d'un demi-siècle sépare les deux films, mais d'Agnès à Abdel, on retrouve la même générosité, le même sens du partage. Pas étonnant que la population ait adhéré sans réserve au nouveau projet du réalisateur de L'Esquive.

Kechiche et son équipe sont restés plus d'un an sur place.
Quand Abdellatif Kechiche présente son scénario à la mairie de Sète, début 2005, il trouve tout de suite une oreille attentive. Le maire, François Commeinhes (UMP), voit dans l'histoire de ce vieil ouvrier au chômage qui se lance, avec l'aide de sa famille, dans la restauration « un bel exemple d'intégration ». « J'y ai été d'autant plus sensible, ajoute l'édile, les yeux humides, qu'en 1960 j'aidais ma mère à faire des sandwichs sur le port pour les rapatriés de Tunisie. » Avant de confier qu'il a mis au monde (il est obstétricien) deux des enfants qui jouent dans La Graine et le Mulet. La municipalité apporte donc toute l'aide logistique nécessaire. Elle loue à la production (« à prix coûtants ») des locaux en centre-ville, négocie avec la capitainerie les autorisations pour permettre au bateau-restaurant de stationner dans le port... Entre les repérages, les répétitions et le tournage, Kechiche et son équipe sont restés plus d'un an sur place. Dès le départ, le projet a remporté l'adhésion des Sétois.

Tout le mérite en revient à la méthode Kechiche : pour filmer local, recruter local. Si les deux rôles principaux sont tenus par des acteurs non sétois (Habib Boufares est niçois, Hafsia Herzi est marseillaise), une bonne partie des seconds rôles et la grande majorité des cent soixante-trois figurants ont été recrutés parmi la population sétoise. Responsable du casting local, Morgane Bourhis a organisé les auditions : « On a mis des annonces dans tous les coins de la ville : Abdel voulait des acteurs non professionnels pour plus de réalisme. » Même Claude, le SDF à qui l'on apporte dans le film « l'assiette du pauvre », est un clochard bien connu des Sétois. Il est tous les jours sur le port, où il propose aux touristes de leur imiter le cri de la mouette ou du rat mort en échange d'un euro...

Leila a vu le film près de quinze fois et, à chaque fois, elle pleure.
Leila D'Issernio a aussi saisi sa chance. Cette brunette de 43 ans, d'origine tunisienne, n'avait aucune expérience dans le cinéma avant d'obtenir le rôle de Lilia, l'une des filles du patriarche qui se rêve en roi du couscous. « On m'a dit que je jouerai la femme de Bruno Lochet, mais je ne savais même pas qui c'était ! » Mariée à un restaurateur sétois pour l'amour duquel elle a lâché son poste de secrétaire de direction à Valence, la plantureuse Leila n'avait jamais songé être actrice. Depuis qu'elle a goûté au métier, elle se contente de « surfer sur la vague », sans plan de carrière. Elle a désormais un agent et vient de tourner un court et un moyen métrage (Bon Vent, de Marie-Sophie Ahmadi, et Sitting, de Frédéric Dubreuil). Leila endosse aussi volontiers son costume d'ambassadrice de La Graine et le Mulet. La veille de notre rencontre, elle était à Limoux, près de Carcassonne, pour présenter le film dans le cadre du festival Maghreb si loin si proche. Et rebelote le lendemain, à Prades. Elle a vu le film près de quinze fois et, à chaque fois, elle pleure.

En longeant le quai d'Orient, où la pé­niche blanc et rouge a longtemps stationné après le tournage avant d'être mise en pièces faute d'acquéreur, on aperçoit la façade du Bar-hôtel de l'Orient, tenu dans le film par la nouvelle compagne de Slimane - et dans la réalité par Lucien Cyprès. Comme Leila, ce dernier ne tarit pas d'éloges sur le don de Kechiche à créer sur le tournage une atmosphère fraternelle, une osmose entre les acteurs et les techniciens. La trentaine pimpante, Nadia Taoul a elle aussi porté une double casquette. « En allant chercher ma mère au casting, on m'a demandé de faire un essai. Au départ, c'était pour un tout petit rôle mais au fur et à mesure des répétitions, il a pris de la consistance. Et puis Abdel a fini par me confier également un poste d'assistante mise en scène. »

Nadia et sa mère Khadidja sont des figures incontournables de l'île de Thau, l'insolite ZUP sétoise érigée sur une langue de terre face à l'étang du même nom, où ont été tournées la fameuse scène du repas et la course-poursuite en Mobylette qui clôt le film. Les Taoul ont le verbe haut et le cœur sur la main. Khadidja partage son temps entre médiation sociale et Secours populaire. Nadia élève ses trois enfants. Elle garde en mémoire l'été 1989 où, tout juste adolescente, elle a assisté, au pied de son immeuble, au tournage d'une scène du Petit Criminel, de Jacques Doillon. Et elle peut parler pendant des heures de la cité « des Arabes et des Gitans ». On y trouve autant de paraboles et de linge aux fenêtres qu'aux Franmoisins à Saint-Denis (où a été tourné L'Esquive), sauf qu'ici il y a des barques de pêche devant les cages d'escaliers. Reste que si les habitants de Thau ont les pieds dans l'eau, cela n'en demeure pas moins une cité, avec des problèmes de cité.

Depuis le tournage, Kader a lâché son travail d'animateur pour se consacrer à plein-temps au cinéma.
Kader Boulaga en sait quelque chose. Animateur à la maison de quartier de l'île de Thau, ce jeune Sétois de 29 ans a été contacté pour servir de lien entre les habitants du quartier et l'équipe de Kechiche. Sous son impulsion, les jeunes du quartier commencent par créer le site MySpace de La Graine et le Mulet. L'un des musiciens du film participe à l'enregistrement d'un morceau de hip-hop composé par un jeune de la ZUP. L'implication de Kader est telle qu'il finit par être engagé comme régisseur stagiaire. Après cette aventure sociale inédite, le régisseur général, Benjamin Hesse, lui propose de continuer avec lui. Kader lâche alors son travail d'animateur pour se consacrer à plein-temps au cinéma. Il a participé à quatre longs métrages dont Un secret, de Claude Miller, et Les Randonneurs à Saint-Tropez, de Philippe Harel, où il a servi de chauffeur à Benoît Poelvoorde. Nouvel exemple d'« intégration » réussie, selon la formule municipale, Kader, qui vit toujours à Sète, est sollicité par le cabinet du maire pour « dynamiser les échanges » entre l'île de Thau et le centre-ville. Comme par exemple de permettre à une centaine d'habitants de la ZUP d'aller voir le cirque de Tanger, en représentation au Théâtre Molière, dans le centre. « Mais les jeunes qui mangent le ciment toute la journée attendent mieux que des places de cirque », regrette Kader, qui n'est pas dupe du récent sursaut d'activité de la mairie, deux mois avant les élections municipales. « Je n'ai jamais eu autant de réunions... »

Interrogé sur la représentation peu glorieuse des notables dans le film et sur la fin pour le moins pessimiste, le maire récuse tout soupçon de racisme antifrançais et objecte que le film a rassemblé plus de deux mille spectateurs en un mois d'exploitation (soit un Sétois sur vingt, environ deux à trois fois plus qu'un film habituel sur la même période). Pour François Commeinhes, arabe ou pas, « ouvrir un restaurant ou obtenir un prêt à la banque est un véritable parcours du combattant, à Sète comme partout en France ». Inutile de polémiquer... en tout cas sur ce point. Car, pour ce qui est de la véracité culinaire, c'est autre chose ! Les fans du film d'Abdellatif Kechiche, magnifique synthèse de Pagnol et de Pialat, savent-ils qu'ils n'auront aucune chance de venir déguster un couscous au poisson sur le port de Sète ? La spécialité locale, c'est la tielle, une tourte au poulpe et à la tomate. Réalisme, jusqu'à un certain point...

 

Source : Telerama.fr (Jérémie Couston)
 

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