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Let’s Make Money de Erwin Wagenhofer Version imprimable Suggérer par mail
http://img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/69/79/21/19076826.jpgPar Noura BORSALI        

 

2009-04-03 09:34:15

 

«Le bonheur suprême n’est pas dans la possession matérielle»


Après We feed the world, documentaire sur notre alimentation qui fut sans conteste un événement, Erwin Wagenhofer récidive avec un nouveau documentaire: Let’s Make Money produit en 2008 et dont il est à la fois le réalisateur et le scénariste.

Traitant du thème de l’argent, il y procède à une véritable autopsie du système néolibéral. Un film d’une actualité frappante en ces temps de crise et dans ce contexte marqué par ce que des observateurs ont considéré comme la plus grave crise économique que le monde ait connue depuis 1930.

Un film « à valeur informative » comme on l’a dit à propos de We feed the world ? A quoi Erwin Wagenhofer a répondu : « S’il faut vraiment donner une étiquette au film, j’accepte celle-là. Je fais des films à valeur informative car il y va des valeurs mêmes de l’information, valeurs que nous sommes en train de perdre car un tel système contribue à leur disparition progressive…Ce qui importe, c’est leur transparence. »


Au-delà de l’information, le film propose des analyses à travers des témoignages d’acteurs importants et d’économistes de renom. Il donne également la parole aux victimes des politiques libérales à outrance,  et grâce à de splendides images, les montre à l’œuvre, dans leurs champs comme dans leur misère.  Il invite le spectateur à prendre conscience de la gravité de l’état du monde et à réfléchir sur son devenir. Aussi tout en reflétant l’image de nos sociétés en crise, il est, sans détours aucun,  une dénonciation d’un système dont il démonte les fondements et les conséquences désastreuses sur les hommes, les femmes et les enfants. «Le film, confie-t-il, reflète l’état de notre société. Nous sommes tous des êtres avides et il faut que nous arrêtions de voir dans la possession matérielle le bonheur suprême. Nous sommes riches mais nous ne sommes pas heureux pour autant (…)».


Le déclic du film est né d’un slogan publicitaire : «Laisser travailler votre argent». Et le réalisateur autrichien de commenter: «Si l’on prend ce slogan à la lettre, cela revient à dire que quelqu’un d’autre doit travailler pour nous». De là est venue l’idée de décortiquer, à la caméra transformée en loupe, le système financier mondial et ses répercussions sur nos sociétés et leur environnement. C’est ainsi qu’il remonte le temps en évoquant, entre autres événements ayant contribué aux nouvelles crises du système financier, la Conférence du Mont Pèlerin de 1947 qui, en réunissant des intellectuels voulant réagir contre le keynésianisme (Etat-Providence) de l’après seconde guerre mondiale, vit la naissance de la pensée dite «néolibérale» qui défendit l’économie de marché et l’internationalisation des capitaux.

 

Alors sont incriminées les politiques mises en œuvre par les institutions financières internationales (Banque mondiale et F.M.I.) et par les investisseurs puissants de ce monde, ainsi que leur incitation à la libéralisation, leurs déréglementations et leurs effets dévastateurs sur les populations en Afrique et dans le monde. L’intérêt du réalisateur est axé également, comme il le dira lui-même, sur l’Asie et les paradis fiscaux -leur évasion et l’augmentation des gains- dénoncés avec force dans le film. L’exemple le plus frappant en est les 800 000 maisons construites en Espagne et conçues, dit-il, «non pas pour que les gens y habitent mais comme objets de placement. Et cela concerne non seulement des investisseurs privés mais aussi nos fonds de retraite».

 

Autant d’exemples qu’il nous donne à voir tels que le protectionnisme américain sur le coton et, de ce fait, l’endettement et la misère des Burkinabais. Autant de procédés utilisés par les investisseurs pour s’enrichir en peu de temps sans se soucier ni de l’humain ni de l’environnement pollué et dégradé. Ainsi sont-ils  mis à nu les graves dysfonctionnements du système capitaliste. Retraçant le fonctionnement économique du monde qui tend à minimiser les possibilités d’intervention de l’Etat et donc de celles permettant à ce dernier de protéger ses citoyens, le documentaire interpelle le spectateur sur sa vraie réalité et sur ce qu’il renferme comme risques de  rébellion du Sud. «Nous n’avons pas d’autre choix, si l’Occident ne cesse pas de subventionner le coton, nous vous envahirons c’est certain», avertissent les Africains du Burkina, du Mali et du Bénin.


Tout cela est rendu par une esthétique cinématographique fortement originale. Les belles images centrées sur les contrastes sans parole aucune, la lenteur voulue comme pour s’attarder sur les injustices et les répercussions néfastes d’un tel système. Non, le documentaire n’est pas né sur la table de montage, comme  le dira son réalisateur qui est en même temps metteur en scène, cameraman et monteur.  Erwin Wagenhofer a fait des recherches et a traité son film d’une manière « très peu conventionnelle » selon sa propre formule.


Si nous, les spectateurs, nous avons bien compris les bases et les répercussions du système néolibéral -ô combien complexes-, c’est parce que Erwin Wagenhofer a opté pour une démarche pédagogique, voire didactique. « Je pose mes questions avec une certaine naïveté et je dis: « expliquez-moi les choses de telles façon que je puisse les comprendre et les autres aussi ». Mais, le cinéma est fait surtout d’images. « Ce qui m’intéresse, c’est de trouver le moyen de « rentrer » dans ces images et j’y consacre un temps considérable », confie-t-il encore. 130 heures de tournage: un matériel auquel il a réservé, dit-il, un temps considérable, un nombre incroyable de semaines. Ceci dénote, d’une part, de sa passion qui se trouve à la base de ce travail fascinant, et d’autre part, de son  souci de « garder le lien avec les spectateurs » qui doivent « comprendre qu’ils sont directement concernés; eux aussi, par les modifications à apporter aux marchés financiers ».


Erwin Wagenhofer, fortement convaincu que « la seule chose que nous pouvons changer, c’est nous-mêmes », a réussi à tirer le public -ne serait- ce que le temps de la projection (1h54) et certainement plus (espérons-le)- de sa léthargie et de sa passivité face aux choses de ce monde dont il est aussi responsable. Car, comme l’écrivait Bertolt Brecht dans « Mère Courage »: « Ainsi va le monde et il ne va pas  bien »….

 

Noura BORSALI          


Fiche du film
:


Réalisation: Erwin Wagenhofer
Film autrichien
Genre: Documentaire
Durée: 1h 47
Année de production: 2008
Distribué par Ad Vitam

Film projeté à l’ouverture du festival DOC A TUNIS 2009, mercredi 1er avril, 20h, Théâtre municipal, Tunis

 

©cinematunisien.com - avril 2009

 
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