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Vingt ans depuis la chute du mur, l’histoire allemande à l’écran, au CinemAfricArt Version imprimable Suggérer par mail

http://www.lapresse.tn/images/news/detail_news/94014

 

Le cinéaste témoin de son temps

 

Vingt ans ont déjà passé depuis la chute du mur de Berlin. Ce mur qui symbolisait, des décennies durant, l’opposition entre le bloc de l’Est et celui de l’Ouest, la guerre froide et les conflits entre capitalisme et socialisme.


La chute de ce mur qui séparait les deux Allemagnes représente aussi la perdition d’un certain équilibre mondial, la perte de valeurs égalitaires et d’idéaux  humanistes. C’est pour ces raisons-là et bien d’autres certainement que le Goethe Institut  a célébré tout au long de la semaine dernière, à travers des projections de fictions et  de documentaires, Vingt ans depuis la chute du mur, l’histoire allemande à l’écran, deux approches différentes pour retracer les faits d’une histoire récente et dont les séquelles font partie encore de l’actualité.

La sélection des films programmés dont certains ont été tournés  la veille de la chute du mur et d’autres plus récents témoignent tous d’une même problématique : raconter une page de l’histoire du peuple allemand. Mais la question qui se pose, ces films font-ils office d’un document historique ? Et font-ils du cinéaste un historien ?

Historiser une époque nécessite obligatoirement une certaine objectivité et une distance, ce qui n’est pas le cas du cinéaste témoin de son temps, qu’il s’agisse de fiction ou de documentaire, surtout quand il est question d’une période relativement récente de l’histoire, voire une histoire de famille. Ce qui est le cas de Dörte  Franke, coréalisatrice du documentaire A chacun son secret ( avec Marc Bauder) qui traite des anciens prisonniers politiques  de l’Allemagne de l’Est, elle-même fille d’ex-opposants.

Le film basé sur les témoignages n’a pas la prétention d’être un document historique, et les deux réalisateurs ne se considèrent pas comme des historiens de l’époque.  Mais ce film comme toute autre œuvre reste toujours dans certains de ses aspects, un document de l’histoire. Dans ce sens, l’intérêt de ce documentaire  réside dans deux aspects au moins : d’abord informatif, puisque le film nous apprend un fait réel qui a existé pendant longtemps avant la chute du mur.Il s’agit du rachat des ex-détenus politiques de la RDA par la République Fédérale d’Allemagne, une pratique assez courante qui permettait de débarrasser l’Allemagne de l’Est de ses opposants, et qui acceptent, à contrecœur,  ce marché. D’ailleurs, une des personnes filmées disait : «On ne voulait pas forcément remplacer notre pays socialiste par un autre capitaliste, on voulait juste changer les choses chez nous».

Le second intérêt plus émotionnel se dégage à travers les témoignages croisés des enfants de ces personnes rachetées et de leurs parents. Les premiers refusent d’évoquer cet épisode douloureux de la vie des parents, alors que les autres essayent à chaque occasion d’installer le dialogue et de raconter leur histoire, celle de la séparation et celle de «l’exil».

Le déni des enfants est révélateur d’un fait que cette page de l’histoire n’est pas encore digérée et pas tout à fait assumée et que, comme tout changement brusque et radical, nécessite du temps pour se réconcilier avec sa mémoire et révéler les secrets de famille au grand jour.

La fiction porte, elle aussi, des fragments de l’histoire, ou plus précisément, le regard subjectif du cinéaste sur son époque pour en faire une comédie dans Good bye Lénine de Wolfgang Becker, ou un drame dans Berlin is in Germany de Hannes Stöher, à travers deux personnages ressemblants qui n’ont pas assisté à la chute du mur.Le premier personnage dans Good bye Lénine était dans le coma, le second dans Berlin is in Germany était en prison.

Ces deux situations racontent la perte de repères et les changements radicaux dans la société allemande, l’intégration des Allemands de l’Est dans une réalité nouvelle…

Le cinéma de fiction ou documentaire raconte des histoires qui  sont souvent en rapport avec leur époque, mais en racontant des histoires, l’Histoire prend place à travers des informations, des indices et des perceptions des plus subjectives.Le cinéma témoin de son temps, comme toutes les formes d’expression, porte la marque d’une époque et constitue ainsi  les fragments d’une Histoire à reconstituer et d’une mémoire collective à ne pas  ignorer.

A.D.     
 

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