Rejoignez-nous !

Propulsé par HelloAsso

Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Tribune - " Thalathoun " de F. JAZIRI Version imprimable Suggérer par mail
http://attariq.org/local/cache-vignettes/L160xH122/arton193-9f27f.jpgQuand la mémoire enlace l'universel

Il ne sera jamais trop tard pour commenter cette œuvre. Mieux : quoi qu'on en dise, cela ne sera jamais assez, jamais de trop. Cette œuvre est trop grave (voici la raison) le thème (les thèmes) trop importants. 

Regardons de plus près : une certaine Tunisie des années 30, un bouillonnement nommé désir, envie, volonté, recherche...de liberté, quête de soi, recherche d'identité avant tout. Qui sommes- nous ? Que voulons-nous être ?

Un film magistral (disons le tout de suite).Un budget important (2,2 millions de dinars). 270 intervenants.140 plans. 13 semaines de tournage. Des tonnes de costumes et de décors. Jaziri et Nalouti frappent fort. Tout est défi, enjeu. Mais cela n'étonne point. Il y a l'habitude, la tradition de la souffrance, du travail jusqu'au bout, jusqu'à l'essoufflement. Donner et faire donner le meilleur de soi ; vérité qui vaut autant pour l'art que pour le reste, vérité universelle. Le casting : optimal. De jeunes acteurs talentueux : Haddad, Echebbi, Bourguiba magistralement interprétés. Et ce jeune Ali Jaziri qui crève l'écran de vérité, de jeunesse...Un Omar Charif en herbe ; qu'il fasse attention à lui même, qu'il travaille, qu'il progresse.

  Et puis, il y a les thèmes majeurs d'hier mais aussi d'aujourd'hui : la femme. Sa nécessaire émancipation. Cela passe surtout par la libération de l'homme des chaines qu'il s'impose lui-même depuis des siècles. La liberté. Pour en faire quoi ? Et comment y parvenir ? Quand le pouvoir central est obsolète, déconnecté, méprisant. Ce Bey qui reprend ses dimensions : égocentrique, soucieux de sa nourriture, sa santé et ...son image ; il se fait peindre un portrait triomphal la moustache en l'air sur un beau cheval blanc. Sornettes !! " Sidna " n'a ni l'intelligence ni la curiosité d'esprit pour s'occuper des affaires de l'Etat. Il méprise Bourguiba, refuse de le recevoir et assassine allégrement le projet de livre de Haddad sans trop y accorder d'importance. Haddad en profonde solitude, triste et vaincu va à la rencontre d'Amor Fayech. Ce dernier fou, ou demi -fou, diseur de vérité, nu le reçoit en ami. Et l'échange entre les deux hommes est surréel. Quand les solitudes se rencontrent. Quand les incompris s'additionnent. Quand l'universel gronde. Penseur tu es né, penseur tu mourras. C'est-à-dire malheureux. Dans l'indifférence et l'hilarité générale. Pire : dans le mépris sinon la haine. Tel zarathoustra. Tels bien d'autres. L'Histoire en regorge. Mais qu'importe ! Un autre malheur vient lui arracher les entrailles : le poète est mort !!Comme pour parfaire le tragique. Echebbi, l'autre héros, incompris. L'autre solitaire. L'autre supérieur. Il a dansé seul trop haut dans l'univers du beau et de la lyre trop en avance par rapport à son époque. Et voilà ce jeune diable de Bourguiba qui jure, qui brise la chaise, la sienne et clamera un projet... politique celui là pour dire que les grands Haddad et Chebbi ne mourront jamais. En fidèle fils spirituel, il continuera cette lutte implacable pour la libéralisation de l'esprit des hommes.

   Ce film est magnifique. Par ses ingrédients. Par ses décors grandioses. Par ses symboles. N'oublions pas ce Hammi, autre héros malheureux auquel Jaziri dédie l'ouverture de ce bal. Belle symphonie. Musique puissante. Poème riche et complexe où la douleur épouse si étonnamment le plaisir : des yeux, de l'ouïe. On sent presque les odeurs des lieux.

  Et puis : ce rescapé du " Théâtre Nouveau " qui rend hommage aux pères fondateurs ne mérite-t-il pas avec Jaibi, Baccar, Masrouki et Driss 'qu'un jour d'autres fils spirituels se questionnent sur cette autre révolution initiée par ceux- là mêmes  vers la fin des années 60 et dont le projet d' " un art, une culture pour la Tunisie " a enfanté tant de jalons merveilleux ? Un jour, cette même Tunisie culturelle devrait rendre hommage à cette " bande de copains " qui se sont brouillés pour la forme (ainsi va la vie) mais qui sont , au fond, restés fidèles à cette règle d'intelligence, de partage, de passion et d'espoir.

 

 

Par Ezzedine FERJANI       

Source : Le Temps       
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


 

Powered by  MyPagerank.Net