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Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage
LE CINÉMA EST-IL UNE CHANCE DE L'ÉCONOMIE TUNISIENNE ? Version imprimable Suggérer par mail

Le cinéma est-il la chance de l'économie tunisienne ?

Par : Dr. Abderrazek Ben Jemaa

 

Souvent cantonné dans la shère strictement culturelle, le cinéma tunisien a tout intérêt à se positionner de manière économique. Le livre du Dr Abderrazek Ben Jemâa « Contribution à une mise à niveau du cinéma tunisien » développe une thèse originale : selon l’auteur, le cinéma pourrait être la panacée à l’économie tunisienne.

I. Introduction

En Iran, le cinéma figure depuis plusieurs années dans la liste des produits stratégiques d'exportation.
Au Maroc, en plus des retombées positives sur l'emploi, le tournage des films étrangers a rapporté en 2007 plus d'un milliard de dollars, à peu près la moitié de ce qu'a rapporté toute l'industrie du tourisme tunisien au cours de la même année.
Au Japon, les performances du cinéma d'animation sont encore plus éloquentes : 1.7 milliards de dollars de ventes en 2004, réalisés principalement grâce au savoir-faire principalement.
Aux Etats-Unis, l'industrie cinématographique est la première industrie exportatrice et elle a créé plus d'emplois que dans les secteurs hôtelier, automobile et pharmaceutique réunis.
Certes la Tunisie, avec ses 10.2 millions d'habitants n'est pas le Maroc (33 millions d'habitants), ni la France (64 millions d'habitants), ni l'Iran (66.5 millions d'habitants), mais il ne faut pas non plus exagérer l'importance du facteur démographique au détriment de la variable stratégique. A titre d'exemple, la Belgique, avec une population de 10.5 millions d'habitants (à peu près la même population que la Tunisie), ne dispose pas moins de 507 écrans en 2006 pour 18 écrans en Tunisie.
Tous les chiffres confirment qu'au niveau mondial, le cinéma est un secteur très prometteur sur le plan économique avec un grand potentiel d'employabilité. Aucun pays, qu'il soit du Nord ou du Sud, ne peut se permettre de négliger ce marché, devenu en l'espace de quelques années, l'objet de tant de convoitises.
Pourtant, lorsqu'on s'intéresse au cinéma tunisien, dont les racines pourtant remontent loin dans le temps (le Festival de Carthage ayant vu le jour bien avant les Festivals du Film de Tokyo, de Moscou ou d'Iran), et malgré son succès culturel et artistique dans plusieurs festivals internationaux, on remarque d'une manière générale que le succès commercial n'est pas au rendez-vous, et cela autant sur le marché local que sur les marchés extérieurs.
Cet essai cherche justement à analyser les causes de cet état de fait et à faire des propositions permettant de rectifier le tir.
Nous supposerons dans cette recherche que la crise du cinéma tunisien est due principalement à des contraintes d'environnement et à des problèmes de positionnement stratégique.
Notre analyse commencera par une présentation de l'environnement technologique du cinéma, ce qui nous permettra de connaître les enjeux présents et futurs de cette industrie.
Nous présenterons ensuite le marché cinématographique mondial, autant dans les pays du Nord que du Sud, afin de prendre connaissance de l'importance économique du secteur.
Nous pouvons alors présenter le cinéma tunisien en commençant par dresser un diagnostic général de ce cinéma pour nous intéresser ensuite aux acteurs économiques directs du marché, à savoir seize producteurs privés, que nous interviewons longuement.
Tout cela nous conduira naturellement à la présentation d'une stratégie de mise à niveau du cinéma tunisien.
Finalement et pour le plaisir, nous proposons dans la postface le scénario d'un court métrage sur le thème traité, à savoir le cinéma. Nous espérons que cela constituera un dénouement créatif et récréatif qu'apprécieront nos patients lecteurs.

II. Conclusion

Le cinéma tunisien ressemble à un puzzle dont aucune pièce ne manque mais qui gagerait à être mieux agencé. Pourtant, la volonté politique est là, l'engagement des cinéastes n'est plus à démontrer, le public tunisien est féru de films tunisiens, le FOPRODI attend depuis des années d'être utilisé pour financer des multiplexes culturels et le marché international connaît une évolution jamais égalée. Mais les résultats ne sont malheureusement pas à la hauteur de ce potentiel.
Plus que jamais, nous avons besoin de mettre en place une stratégie appropriée de mise à niveau du cinéma afin d'en faire une véritable opportunité sociale, économique et culturelle.
Car aucune industrie n'a un potentiel aussi grand que le cinéma, laissant loin derrière l'industrie du bâtiment, censée pourtant avoir une grande capacité d'entraînement sur l'économie. Dans le sillage des tournages des films étrangers et tunisiens, on peut promouvoir l'écriture de scénarios, la musique de films, les effets spéciaux, l'art de l'animation, le dessin et bien d'autres arts encore. L'épanouissement de l'industrie du cinéma peut faire fleurir tous les types d'artisanat allant de la conception des décors à la menuiserie en passant par la construction. Grâce aux tournages étrangers, on peut développer davantage les services, qu'il s'agisse de transport terrestre du personnel ou de transport aérien, de services bancaires, d'assurances liées au cinéma, de restauration, de gardiennage ou d'entretien. Sur le plan touristique, est-il nécessaire de rappeler que 30 à 40% des recettes touristiques au Maroc sont engrangées par les tournages de films étrangers ?
Sur un plan exportateur, la mise en place d'une stratégie de cinéma d'animation (très économe en investissements matériels mais très gourmande en moyens intellectuels) pourrait générer des ressources d'une ampleur inégalée. De plus, les tournages étrangers figurent désormais parmi les postes les plus importants d'exportation dans les pays du Nord mais aussi du Sud.
Sur un plan strictement social, l'encouragement des tournages étrangers au Sud de la Tunisie pourrait constituer un débouché pour beaucoup de jeunes issus de cette région et qui sont à la recherche d'un emploi. Comment ne pas s'étonner que l'on ne dispose même pas d'un studio de tournage au Sud de la Tunisie, pourtant objectivement très attractif ?
En ce sens, le cinéma constitue une des clés de la solution budgétaire, non un problème budgétaire de plus. D'ailleurs, malgré un contexte de marasme international, les films du Nord mais aussi du Sud, continuent de faire des recettes à l'export, qui se chiffrent par centaines de millions de dollars et parfois même par milliards de dollars.
La Tunisie peut et doit accompagner cet essor.

III Table des matières

Acronymes
Synthèse
Introduction générale
I. L'environnement technologique du cinéma
1. Une petite histoire technique du cinéma
2. L'impact de la numérisation sur l'industrie du cinéma
II. Le marché international du cinéma
3. Etat du marché cinématographique aux Etats-Unis, en Europe et au Japon
4. Etat du marché cinématographique dans certains pays africains et du Moyen-Orient
III. Etat général du cinéma tunisien
5. Présentation historique
6. La production cinématographique
7. La distribution cinématographique
8. L'exploitation cinématographique
9. La formation cinématographique
10. Le financement du cinéma tunisien
IV. Témoignages de seize producteurs
11. Introduction
12. Présentation des interviews
- M. Abdellatif Ben Ammar
- Mme Dorra Bouchoucha
- M. Hassen Daldoul
- M. Habib Belhédi
- M. Hichem Ben Ammar
- M. Ibrahim Letaief
- M. Imed Marzouk
- M. Lotfi Layouni
- M. Moez Kamoun
- M. Habib Attia
- M. Mohamed Zran
- M. Moncef Dhouib
- M. Naceur Ktari
- M. Naoufel Saheb Ettaba
- M. Néjib Ayed
- M. Ridha Turki
13. Synthèse des interviews
V. Proposition d'une stratégie de mise à niveau
14. Forces et faiblesses du cinéma tunisien
15. L'état de la concurrence
16. L'évaluation du marché
17. Les différents scénarios possibles
18. Les contraintes stratégiques
19. Proposition d'une stratégie de mise à niveau

Conclusion générale


Une postface pour le plaisir : un scénario sur le cinéma tunisien

Bibliographie
Liste des tableaux
Table des matières

Téléchargeable à cette adresse :http://www.tunisiancreativity.com/

 

 

Les motifs de la publication de ce livre sur Internet :


Partout dans le monde, des bibliothèques numériques, publiques et privées, sont en cours de constitution. Pour assurer à leurs cultures une certaine visibilité, tous les pays sont appelés à numériser leurs savoirs au risque de les voir disparaître. Le projet de développement de la bibliothèque numérique mondiale, mené en coopération avec l’UNESCO et d’autres bibliothèques et institutions culturelles du monde entier, s’inscrit dans ce cadre. La présente initiative de Tunisiancreativity constitue justement une contribution à l’épanouissement de la créativité tunisienne grâce aux nouvelles technologies.
En Tunisie comme ailleurs, tant de thèses, de manuscrits artistiques et scientifiques, d’actes de colloque, de cours, ne sont pas communiqués au public car leur impression sur papier coûterait trop cher. Tunisiancreativity veut faire face à ce problème en publiant de manière numérique tous ceux qui ont quelque chose à dire au monde.
Ce faisant, nous contribuons à la préservation de la nature car pour imprimer seulement 50 kg de papier, on a besoin en moyenne d’un arbre adulte. Imaginez le nombre d’arbres qu’il a fallu abattre pour fabriquer tous les livres de la terre… Et on s’étonne que notre planète se révolte…
Je profite justement de cette occasion pour informer tous les poètes, les écrivains, les artistes, les chercheurs, que désormais, aucun obstacle ne s’oppose à la circulation de leurs créations dans le monde.

Le cinéma n’est pas une contrainte budgéraire. C’est la solution aux problèmes budgétaires.
 
En Iran, le cinéma figure depuis plusieurs années dans la liste des produits stratégiques d’exportation. Au Maroc, en plus des retombées positives sur l’emploi, le tournage des films étrangers a rapporté en 2007 plus d’un milliard de dollars, à peu près la moitié de ce qu’a rapporté toute l’industrie du tourisme tunisien au cours de la même année. Au Japon, les performances du cinéma d’animation sont encore plus éloquentes : 1.7 milliards de dollars de ventes en 2004, réalisés principalement grâce au savoir-faire principalement. Aux Etats-Unis, l’industrie cinématographique est la première industrie exportatrice et elle a créé plus d’emplois que dans les secteurs hôtelier, automobile et pharmaceutique réunis. Certes la Tunisie, avec ses 10.2 millions d’habitants n’est pas le Maroc (33 millions d’habitants), ni la France (64 millions d’habitants), ni l’Iran (66.5 millions d’habitants), mais il ne faut pas non plus exagérer l’importance du facteur démographique au détriment de la variable stratégique. A titre d’exemple, la Belgique, avec une population de 10.5 millions d’habitants (à peu près la même population que la Tunisie), ne dispose pas moins de 507 écrans en 2006 pour 18 écrans en Tunisie.
 
Tous les chiffres confirment qu’au niveau mondial, le cinéma est un secteur très prometteur sur le plan économique avec un grand potentiel d’employabilité. Aucun pays, qu’il soit du Nord ou du Sud, ne peut se permettre de négliger ce marché, devenu en l’espace de quelques années, l’objet de tant de convoitises.  Pourtant, lorsqu’on s’intéresse au cinéma tunisien, dont les racines pourtant remontent loin dans le temps (le Festival de Carthage ayant vu le jour bien avant les Festivals du Film de Tokyo, de Moscou ou d’Iran), et malgré son succès culturel et artistique dans plusieurs festivals internationaux, on remarque d’une manière générale que le succès commercial n’est pas au rendez-vous, et cela autant sur le marché local que sur les marchés extérieurs.
 
En ce sens, le cinéma constitue une des clés de la solution budgétaire, non un problème budgétaire de plus. D’ailleurs, malgré un contexte de marasme international, les films du Nord mais aussi du Sud, continuent de faire des recettes à l’export, qui se chiffrent par centaines de millions de dollars et parfois même par milliards de dollars.
 
La Tunisie peut et doit accompagner cet essor.

 
La faiblesse de l’impact du cinéma tunisien sur le marché local et sur les marchés étrangers.
 
Depuis très longtemps, le cinéma en Tunisie a été cantonné dans la sphère strictement culturelle. Malgré les consignes du Président de la République dans ce sens, le cinéma tunisien n’a pas su prendre le virage économique nécessaire. D’ailleurs, fait très significatif, les entreprises audiovisuelles ne sont pas éligibles au Programme de Mise à Niveau. Sur le plan local, la réduction du nombre de salles de cinéma peut justifier jusqu’à un certain point la fiablesse des performances. Néanmoins, les pouvoirs politiques ont permis au Fonds de Promotion la Décentralisation Industrielle (FOPRODI) de financer, entre autres, la construction de multiplexes culturels dans le cadre de la création de centres culturels privés. La participation du FOPRODI ainsi que celle des SICARS (Sociétés d’Investissement à Capital Risque) peut aller jusqu’à 90% du capital. Plusieurs primes sont prévues dans le cadre du FOPRODI (une prime d’investissement, une prime d’étude et d’assistance technique, une prise en charge par l’Etat d’une partie des terrains et des locaux nécessaires). Malheureusement, aucun entrepreneur n’a exploité cette opportunité.
Sur les marchés étrangers, il faut reconnaître que nous n’avons pas mis en place une stratégie exportatrice du cinéma tunisien. Feu Bahaeddine Attia l’a bien compris à la vie de sa vie : le cinéma d’animation 2D mais aussi 3D constitue une opportunité extraordinaire à l’export. Mais savez-vous qu’en Tunisie, il n’y a aucune institution supérieure publique dédiée au cinéma 2 D et 3D ? Savez-vous que nous ne disposons d’aucune institution supérieure publique dédiée à l’enseignement du scénario alors que ces deux créneaux sont très rentables sur les marchés étrangers.
 

Une étude de cas impressionnante :
 
Seize producteurs tunisiens ont accepté de faire partie de l’échantillon étudié : M. Abdellatif Ben Ammar, Mme Dorra Bouchoucha, M. Hassen Daldoul, M. Habib Belhédi, M. Hichem Ben Ammar, M. Ibrahim Letaief, M. Imed Marzouk, M. Lotfi Layouni, M. Moez Kamoun, M. Mohamed Habib Attia, M. Mohamed Zran, M. Moncef Dhouib, M. Naceur Ktari, M. Naoufel Saheb Ettaba, M. Nejib Ayed et M. Ridha Turki.
Neuf entreprises sur seize ont un positionnement strictement culturel et artistique. Six ont un positionnement commercial et culturel. Une entreprise a un positionnement exclusivement exportateur.
Neuf entreprises sur seize ont des difficultés commerciales sérieuses. Trois ont des performances commerciales moyennes. Quatre ont de bonnes performances. 75% des entreprises enquêtées ont un capital inférieur à 50.000 dinars. 4 entreprises ont un capital supérieur à 200.000 dinars. Une seule entreprise a un capital supérieur à un million de dinars. Quatre entreprises sur seize ont une bonne rentabilité. Trois ont une rentabilité moyenne et neuf ont une faible rentabilité. Toutes les entreprises enquêtées ont en général recours aux subventions (locale et étrangères) pour financer la production de leurs films. Treize entreprises sur seize ont une faible production en films nationaux. Une entreprise a une production moyenne et deux ont une forte production. Cinq entreprises sur seize ne disposent pas du tout de matériel audiovisuel. Une entreprise est très sous-équipée. Sept entreprises sont moyennement équipées. Trois entreprises sont relativement bien équipées. Toutes les entreprises ont un personnel permanent (hors gérant) inférieur à cinq personnes. Trois entreprises ne disposent pas du tout de personnel.
 
Les mesures pour relancer le cinéma tunisien.
 
Sur le plan local, plusieurs actions sont à prendre. A raison de 02 salles par gouvernorat et par an en moyenne, il est possible de créer 100 salles de cinéma en 05 ans grâce au concours du FOPRODI dans le cadre de multiplexes culturels..
 
Le retour à la publicité pour les films tunisiens à la télévision nationale est aussi à négocier avec les diffuseurs de Canal 7 sur le câble. ..
 
Il sera très utile, à l’instar de certains pays européens, mettre en place le concept de Tax Shelter qui permet à des entreprises de bénéficier d’exonérations fiscales en cas d’investissement de leurs bénéfices dans un projet cinématographique, comme cela existe d’ailleurs en Tunisie pour le secteur informatique. Pourquoi ne pas appliquer la procédure aux entreprises cinématographiques, d’autant plus que certains films sont désormais totalement réalisés de manière informatique, comme les films en 3D ? A titre d’exemple, en Belgique, petit pays de 10.5 millions d’habitants, le crédit d’impôt ou Tax Shelter  a permis de collecter en 2005 autour de 35 millions d’euros pour la production cinématographique et de financer une trentaine de films.
 
Tant que l’on considère le cinéma comme un secteur strictement culturel, incapable de produire des richesses et nécessitant une assistance de la part des pouvoirs publics, il peut paraître légitime de ne pas l’inclure dans le Programme de Mise à Niveau. Mais si on développe une autre vision, bâtie sur un cinéma à vocation industrielle, créateur de richesses et exportateur, il serait alors approprié de favoriser l’adhésion de toutes les sociétés de production cinématographique à ce programme, du moment qu’elles remplissent les conditions générales d’éligibilité.
 
Si on réussit à mettre à niveau le réseau d’exploitation, à améliorer le budget des films et à assainir la situation des sociétés de production, on pourra alors envisager le remplacement de la subvention à fonds perdus par une avance sur recette. Dans ce cadre, les longs métrages retenus pourront bénéficier d’une avance sur recettes avec un plafond de six cents mille dinars, le producteur restant libre de réclamer une avance inférieure à ce montant. Cette avance sur recette remplacera la subvention à fonds perdus actuelle. Cette proposition sera intéressante pour les cinéastes qui seront certes tenus de faire des remboursements mais qui disposeront en contre partie d’un véritable marché. Evidemment, cette mesure ne pourra pas être appliquée tant que le nombre de salles n’aura pas atteint un seuil critique.
 
Dans les textes, il est prévu que la Télévision Nationale accorde une subvention de 100.000 dinars à chaque film tunisien. Dans les faits, le texte n’est pas appliqué de manière systématique. Si la réticence de la télévision est motivée par des critères qualitatifs, il faudrait dans ce cas intégrer un représentant de la télévision à la commission d’octroi des subventions. En revanche, si cette réticence s’explique par des questions budgétaires, il faudrait penser alors à une mise à niveau de la télévision lui donnant entre autres les moyens de financer en partie les films tunisiens mais aussi de les diffuser moyennant une rémunération raisonnable. Car on ne peut sérieusement mettre à niveau le cinéma tunisien si la télévision nationale n’est pas une partie prenante du processus.
 
On ne peut pas mettre en place un système pareil sans lutter contre le piratage. Selon les professionnels, on dénombre 34.000 revendeurs de CD et de DVD pirates, rien que dans le Grand-Tunis, soit plus ou moins 68.000 revendeurs dans toute la Tunisie. On estime que si un film est vendu à hauteur de 2 copies par boutique, on se retrouve avec 136.000 films vendus de manque à gagner pour le producteur en quelques jours. Il faudra d’abord que l’administration fiscale cesse de délivrer des autorisations d’implantation de commerces pour la revente de CD et de DVD pirates. Cette mesure ne peut attendre car au lieu de devoir solutionner le problème posé par 68.000 revendeurs, on se trouvera bientôt en face de 200.000 revendeurs et la question deviendra autrement plus ardue à résoudre. On n’a pas d’autre choix que d’appliquer la loi promulguée contre le piratage. Rappelons par ailleurs que la France et la Communauté Européenne se sont engagées clairement contre la contrefaçon. La Tunisie, comme partenaire de la France et de l’Europe, sera tenue de tenir compte des décisions qui seront prises au niveau européen et mondial. Mais parallèlement à la lutte contre la contrefaçon, il faudra penser à reconvertir les revendeurs de CD et de DVD pirates dans le secteur légal. Plusieurs possibilités existent : soit les transformer en centres de formation internet et multimédia pour enfants, soit leur donner la possibilité de se constituer en sociétés pour créer justement les salles de cinéma dont on a besoin, soit envisager d’autres types de conversion.
 
Pour assurer la transparence de la relation entre producteurs et exploitants et pour permettre aux services fiscaux de contrôler les recettes des exploitants, il faudra bien entendu mettre en place une billetterie nationale unique.
 
En ce qui concerne le nombre de sessions, il faudra organiser dans les faits au moins 02 sessions par an, non pas par philanthropie à l’égard des cinéastes mais pour ne pas priver la Tunisie de subventions en devises. En effet, plusieurs fonds internationaux, qui eux organisent au moins deux sessions par an, proposent des subventions aux cinéastes tunisiens, sous condition, entre autres, qu’ils aient obtenu auparavant la subvention nationale. Chaque fois qu’en Tunisie, nous organisons une session tous les 12 mois par exemple, soit une fois sur deux ou sur trois (par comparaison aux fonds internationaux), nous privons les cinéastes tunisiens et la Tunisie de subventions très substantielles qui peuvent s’élever à des centaines de milliers d’euros puisque indirectement nous aurions privé les cinéastes tunisiens de concourir aux subventions internationales pendant 02 sessions.  Par ailleurs, en raison de l’évolution internationale de la numérisation tant au niveau de la production qu’au niveau de la distribution et de l’exploitation, il n’est plus nécessaire au Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine d’imposer aux cinéastes de lui remettre 02 copies en 35 mm, grevant ainsi  les budgets déjà modestes des films ; le cinéaste restant libre de choisir le support qui lui semblera approprié.
Il serait utile aussi d’intégrer aux membres de la Commission d’Octroi des subventions (ou des avances sur recettes), un spécialiste d’études de marché afin de pondérer la note artistique des projets proposés par une note de potentiel à la vente (sur le plan local et à l’export). D’autres dispositions mineures doivent être revues comme la spécialisation des commissions. La commission d’octroi ne peut faire subir le même traitement administratif et financier aux scénarios de fiction (à qui on demande une continuité dialoguée d’une centaine de pages) et aux conducteurs de documentaires (pour qui une vingtaine de pages sont acceptées).
 
La plupart des spécialistes reconnaissent que l’un des points faibles du cinéma tunisien réside dans la rareté de scénaristes confirmés. Paradoxalement, à part certains modules d’initiation à la scénarisation, prévus par certaines institutions d’enseignement public et privé et un atelier financé par Le Centre National de la Cinématographie Français et organisé en Tunisie par une société de production tunisienne, aucune formation diplômante dans le domaine n’existe en Tunisie. La formation des scénaristes pourra se faire dans le cadre d’un Master pour les licenciés en littérature et sciences humaines (ce qui résoudra les problèmes de l’emploi des licenciés d’arabe, de sociologie, de psychologie, etc.), mais aussi dans le cadre du programme 21-21, et dans le cadre d’une institution spécialisée dans la formation des scénaristes. En raison du potentiel formidable qu’offre l’animation 2D et 3D, autant sur le plan de l’exportation que sur le plan de l’employabilité, il est nécessaire de créer une institution spécialisée dans le domaine de l’animation et des effets spéciaux. Des efforts sont à faire pour le renforcement de la formation au métier de producteur, soit dans le cadre des écoles d’audiovisuel, soit aussi dans le cadre d’un master dédié aux licenciés en gestion.
 
La création d’une structure de planification : Dans l’idéal, pour prendre en charge une pareille stratégie, un Centre Cinématographique s’impose. Mais en supposant que les pouvoirs publics ne soient pas favorables à sa création, il faudra alors au moins renforcer la Direction Cinéma relevant du Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, avec du personnel et des ressources informatiques.
 
Sur le plan de l’exportation, plusieurs solutions peuvent être envisagées.
 
Nous sommes visités par à peu près 6.5 millions de touristes par an. Si nous réussissons à intéresser le 1/5 des visiteurs à voir un seul film tunisien durant leur séjour, les revenus en découlant seraient au moins de l’ordre de 5.2 millions de dinars, à raison de 04 dinars par entrée. Mais il faudra en contrepartie pourvoir les théâtres de plein air, de matériel son et image et organiser à l’occasion de la saison estivale une véritable campagne pour y attirer les touristes mais aussi les spectateurs tunisiens. Il faudra aussi envisager la construction de salles de cinéma couvertes dans les hôtels, pour exploiter la basse saison et attirer plus de spectateurs étrangers mais aussi locaux.
 
Pour attaquer les marchés étrangers, on peut proposer deux types de films : les films locaux à forte authenticité culturelle mais aussi des films, qui tout en étant profondément tunisiens, peuvent véhiculer un discours universel (soit dans le fond, soit la forme, soit dans le fond et la forme). Plusieurs créneaux s’offrent, je propose de nous spécialiser dans le cinéma d’animation 2D et 3D, en raison du potentiel immense de ces deux techniques et en raison de l’expérience très intéressante initiée par feu Bahaeddine Attia.
 
Pour encourager les tournages étrangers qui constituent une source très importante en devises et qui ont une très forte employabilité, il est vital de mettre en place une véritable stratégie nationale s’articulant autour des points suivants : intensification de la prospection commerciale à l’étranger, aide à la construction de studios au Sud de la Tunisie (dans le cadre du FOPRODI), implication du secteur touristique, institution d’un taux de change préférentiel pour les producteurs étrangers, institution d’un taux d’hébergement préférentiel pour les équipes de tournage, amélioration de la maîtrise parfaite des langues étrangères pour les techniciens tunisiens, etc. En contrepartie des aides accordées aux tournages étrangers, les producteurs exécutifs seront taxés et cette taxe ira aussi financer les films tunisiens. Ce créneau mérite d’ailleurs une attention particulière de la part de la FIPA (l’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur) qui, grâce à des bureaux situés à Bruxelles, Chicago, Londres, Cologne, Milan et Paris, est très bien placée pour attirer les investissements cinématographiques internationaux.
 
Il est nécessaire de créer une société pour la vente des films tunisiens à l’étranger. Cette société, qui d’ailleurs peut être totalement privée, pourra bénéficier de l’appui du Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine et du CEPEX. Sa rémunération proviendra d’une commission perçue sur la vente des films.
 
Finalement et pour compléter les recommandations précédentes, une consultation nationale sur le cinéma, qui permettra l’adoption et l’application d’une stratégie de mise à niveau du secteur, sera la bienvenue, à l’instar des consultations sur la musique et le théâtre décidées par le Président de la République.
 
En postface du livre, un scénario intitulé «La Dernière salle» décrivant la fermeture de la dernière salle en Tunisie.
 
Certains pays africains ne disposent plus d’aucune salle de cinéma.. Mais cela ne va pas dire pour autant que le cinéma disparaîtra. J’ai bien expliqué dans le premier chapitre du livre consacré à l’évolution de la technologie du cinéma que ce dernier est désormais diffusé sous forme de DVD consultables chez soi (Home Cinéma), qu’il est diffusé directement sur Internet appelé à devenir dans la prochaine décennie un support de diffusion prioritaire et qui est diffusé même sur les téléphones portables (qui constitue contre toute attente un marché gigantesque pour les très courts métrages).
 
Economie du cinéma et art du cinéma
 
J’ai commencé ma carrière en tant qu’enseignant de langue française. Dans ce cadre, j’ai commencé par publier un roman «Tadémaît, fille du Hoggar» dont les droits ont été acquis par feu Bahaeddine Attia mais qui maleureusement n’a pas été produit. Puis j’ai obtenu un troisième de gestion financière et un doctorat de troisième cycle en organisation et management. Mais je n’ai jamais abandonné la création. Bien au contraire, j’ai essayé de concilier dans mon action et ma vie autant ma passion pour la créativité que mon savoir-faire de manager.

 

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