La musique tunisienne est au cœur du festival de Carthage avec près de 25 récitals programmés à El Abdellia du 15 juillet au 16 août.
On serait tenté de s'exclamer enfin, El Abdellia trouve une identité ! c'est que, ces dernières sessions, cet espace a pris les allures d'un fourre-tout où l'on casait différentes expressions artistiques sans véritablement se soucier de continuité ou de visibilité. Pour cette 44ème session, le Festival de Carthage a choisi de consacrer cet espace comme un forum de la musique tunisienne avec quelques contrepoints en provenance du monde arabe et un bouquet de trois créations théâtrales.
Nabil El Basti, directeur de la programmation à l'espace El Abdellia, a ainsi mis au point un cycle de représentations se déployant du 15 juillet au 16 août, 22 spectacles auront lieu avec 15 récitals tunisiens, 3 soirées arabes et 3 représentations théâtrales ainsi qu'un ballet pour l'ouverture. " UNE CHOREGRAPHIE INEDITE "
Le spectacle d'ouverture du côté d'El Abdellia s'apparente à un authentique événement esthétique. Les organisateurs auraient pu se contenter d'une soirée musicale avec l'un de nos ténors, mais ont préféré un choix plus ardu.
" Manal Wu Sawsen " est en effet un spectacle moderne, une œuvre qui évolue entre art de la performance et manifeste audiovisuel.
Prenant prétexte dans le parcours des inoubliables Zina et Aziza, ce spectacle est l'hommage de la nouvelle génération à ces trésors de notre culture. Avec une évidente dimension métaphorique et un art consommé de la rupture et du rebond.
Pour ce spectacle, Sondos Belhassen, Malek Sebaï et Patricia Triki ont formé un collectif pour mettre en commun la chorégraphie, la fiction écrite, la photographie, la performance, l'image dans un support audiovisuel et pour utiliser tout support qui impose sa spécificité technique. Présentée en première le 15 juillet, cette œuvre créée pour le festival donnera ainsi le ton : du côté de ce versant du festival, hors de question de rester dans les sentiers battus ! Au contraire, un regard sur le programme permet de constater l'extrême diversité des choix musicaux ainsi que nombre de spectacles expérimentaux.
" GUEST STARS " ARABES Le cycle d'El Abdellia propose aussi plusieurs " guest stars " en provenance du monde arabe. Valeur montante sur la scène musicale libanaise, Ghada Choubir se produira pour la première fois en Tunisie le 9 août. Dans le sillage de Sayed Derouiche, cette cantatrice sera accompagnée d'un jawq à l'ancienne, une formation classique de cinq instrumentistes. Pour ce premier récital tunisien, Ghada Choubir mettra la pureté de sa voix au service des adwars traditionnels et des chants andalous millénaires. Dans un autre registre, l'Egyptien Sayed Achaer interprétera un répertoire issu de la tradition du Saïd et ancré dans les territoires du Nil. Ainsi, une autre voix authentique offrira un regard sur un aspect de l'art populaire égyptien avec, en prime, l'utilisation du Rabeb, cet instrument mythique. Récital, le 30 juillet. Pour le cycle d'El Abdellia, le must sera la présence de la Troupe nationale arabe de musique. Fondée à la Maison de l'Opéra du Caire en 1989, cette formation, animée par Ratiba El Hafni et le maestro Slim Sahab, ambitionne de réunir le patrimoine arabe et de l'interpréter dans un style propre. Auréolée de très nombreuses distinctions internationales, cette formation se produira le 5 août et constituera l'un des temps forts à El Abdellia.
QUINZE SOIREES TUNISIENNES L'ossature du programme d'El Abdellia fait la part belle à la scène musicale tunisienne. Quinze récitals déclinent plusieurs modes contemporains allant du chant Soufi à la musique expérimentale en passant par plusieurs tendances actuelles du tarab. Dans la préparation du programme, Nabil El Basti a su trouver un positionnement à la confluence de ce que proposeraient les festivals de la médina ou d'Ennejma Ezzahra. Beaucoup de rigueur dans les choix tout en optant pour la diversité, l'audace et la nécessaire qualité artistique. En conséquence, le programme, sans faire appel aux artistes de tout premier plan, parvient à nous démontrer qu'il existe bien une forêt derrière les arbres. Et quelle forêt ! La plupart des artistes viendront ainsi avec un concept et offriront non pas de simples shows mais des récitals traversés par un thème et une profonde exigence artistique. Le tarab sera représenté par Shéhérazade Hlel ou Mounira Hamdi ; la tendance instrumentale aura pour représentants le duo des frères Mraihi ; la scène expérimentale aura pour ambassadeurs Walid Gharbi, Nebil Khmir ou Adel Bondka ; le chant soufi sera le fait de l'excellent Hédi Donia ; la tradition vocale sera à l'honneur avec Abbès Mokaddem, Ikbal Jomni, Noura Amine ou Noureddine Ben Aïcha. Last but not least, la nostalgie sera aussi au rendez-vous avec les stars d'hier (Ahmed Hamza, Soulef, Safwa, Mohamed Ahmed) et les voix de toujours (Oulaya à travers l'interprétation de sa fille Lamia Annabi). Beaucoup d'autres artistes seront de la partie car, en fait, les 22 soirées sont modulables étant donné qu'en majorité, elles partagent la scène entre deux artistes qui se succèdent sur les planches. Jamais, de mémoire de festivalier, pareille place n'avait été offerte aux artistes tunisiens qui seront également à l'honneur pour onze soirées au Théâtre antique de Carthage. En optant pour ce choix, Samir Bel Haj Yahia, directeur du festival, et ses équipes soulignent bien la double vocation de Carthage ; allier à la découverte de l'international celle de la production tunisienne.
PLACE AU THEATRE L'édition 2008 devrait demeurer dans les annales comme celle du grand retour du quatrième art. Si Carthage est placé cette année sous le signe du théâtre, c'est également le cas d'El Abdellia avec trois représentations de compagnies tunisiennes, en l'occurrence une œuvre de Zahira Ben Ammar, un spectacle populaire avec Kaouther Bardi et la nouvelle création de Hamadi Mezzi. Dans " Ala ouahda ou noss " de Zouheir Raïs, Kaouther Bardi donne la réplique à Jalel Sâadi et les deux créent un couple paradoxal en pleine fuite en avant mais vite rattrapé par la réalité. Dans " Cinéma " de Hamadi Mezzi, cinq personnages se retrouvent au cœur d'un huis-clos dans un hangar désaffecté. Enfin, dans " Femme ", Zahira Ben Ammar s'appuie sur un texte de Ezzeddine Madani pour créer une œuvre d'une grande poésie traversée par la formidable prestation d'un formidable trio d'actrices.
L'HOMMAGE AUX PAROLIERS Avec " Kalimet ", Oussama Farhat va à la rencontre de la poésie arabe ; il nous offre en clôture, le 16 août, un florilège illuminé par la participation de Hela Malki et Slim Damak. Dans un style épuré, ce spectacle offre une confluence entre musique et poésie et symbolise bien l'esprit qui préside au cycle d'El Abdellia. Ancré dans les paroles des grands maîtres de la poésie arabe, ce récital est un authentique hommage aux paroliers. De Abou Nawas à Aboulkacem Chebbi, la quête de Oussama Farhat remonte aux sources des traditions arabe et tunisienne. En tout état de cause, le programme d'El Abdellia est une belle manière de consolider l'identité culturelle du festival. Avec ce cycle, le festival propose des récitals et des représentations intimistes tout en ciblant un public averti et en offrant un forum aux artistes tunisiens. On en redemande ! Recommandez (7) | Pages vues: 185 | Version imprimable | Suggérer par mail
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