|
La France a donc remporté un César grâce au tuniso-français Abdellatif Kéchcihe et son film La Graine et le mulet.
Il a rendu un double hommage révélateur : "Je voudrais remercier celui qui a été ma source d'inspiration, qui m'a donné beaucoup d'énergie, c'est un petit ouvrier du bâtiment, c'est mon père." Il était tout aussi ému en saluant -et en faisant monter sur scène, pour la réception ultime du César du meilleur film- son producteur Claude Berri - "Je veux remercier mon deuxième père" - avant de saluer sa "grande source d'inspiration", le cinéaste Maurice Pialat. Orienté sur la condition sociale des personnages, le film est un hommage à la génération des « pères » immigrés qui sont venus en France pour travailler et qui se sont sacrifiés pour leurs enfants dans un contexte de chômage. La « graine » du titre est celle du couscous et le « mulet » est le poisson qui agrémente le couscous dans la cuisine tunisienne. Mais au final, La Graine et le mulet, ce n’est pas du cinéma qui ressemble à la vie, c’est de la vie qui ressemble au cinéma.
Encore une fois, la France gagne grâce à ses immigrés. Nous avons encore en mémoire la Coupe du Monde de football de 1998 et la finale de cette même coupe en 2006. La France a besoin de ses immigrés. Le rapport de Jacques Attali ne laisse aucun doute sur leur apport pour la France. Tout esprit de socialisme mis à part, et nous ne l’avons pas, l’intérêt économique, sportif, social ou culturel du pays de Sarkozy passe inévitablement pas ses immigrés. Avant de devenir un Zidane ou un Kéchcihe, on est d’abord un petit enfant de banlieue rempli d’ambitions. Des ambitions que le souffle d’un Karcher peut réduire à néant. Les événements en France se suivent et … se ressemblent. Tous les jours, on embarque dans des avions des centaines d’immigrés clandestins ou en situation irrégulière. Ils étaient 24.000 l’année dernière, ils seront 26.000 cette année. En parallèle, tous les jours, un immigré (ou né de parents immigrés) réalise un petit exploit dans son secteur d’activité. Dans la recherche, dans les grandes entreprises, dans les médias, dans le sport ou dans la culture, il n’y a pas un secteur où l’on ne retrouve pas ces « Français » venus d’ailleurs mettre la main à la pâte au profit de l’économie française. Les Maghrébins prouvent qu’ils font partie totale de la société et de l’économie françaises et représentent 5,9 % de l'ensemble des chefs d'entreprise en France. Cherchez à comprendre ce qui se passe actuellement entre cette politique d’expulsion massive et ces distinctions quotidiennes. Si l’on comprend parfaitement que la France ne peut ramasser à elle seule la misère du monde, on ne pourra jamais comprendre cette politique de se mettre une balle dans son pied avec des objectifs chiffrés où l’individu n’a droit de survie que grâce à un papier. Trois ans après l’Esquive, Kéchiche refait le coup avec le César du meilleur film, du meilleur réalisateur, du scénario original et du meilleur espoir féminin grâce à cette irrésistible Hafsia Herzi. Ce film est décidément d’une bonne graine. Une bonne graine qui aurait pu être soufflée par un Karcher. Imaginons un instant cette Hafsia ou ce Abdellatif ayant des problèmes de papiers ! Il est incontestable que l’on ne peut accepter sur son sol des gens en situation irrégulière. Mais au lieu de mettre tout le monde dans le même sac, avec ces objectifs chiffrés, que Hortefeux sépare les bonnes graines des « mulets ». Une bonne graine est en fait profitable à tous : pays d’accueil, pays d’origine et individu. Aujourd’hui, la Tunisie ne peut qu’être fière de son Kéchiche. Le film est d’ailleurs actuellement projeté dans un bon nombre de salles de Tunis. Une certaine France aurait cependant été plus fière de voir la Môme couronnée plutôt que la Graine, mais c’est ainsi, Kéchiche a eu raison de Piaf. César a tranché. On se rappelle il y a trois ans, à Cannes, quand on a offert la Palme d’Or à Michaël Moore. Le monde du cinéma a encore une fois lancé un message au monde politique. Le monde économique et le monde culturel semblent d’accord pour voir cette évidence de l’importance des immigrés dans la vie des Français. Une évidence que le monde politique français (notamment celui de gauche paradoxalement) refuse de voir. Avec ses choix de Rachida Dati et Fadela Amara, le président Sarkozy n’ignore rien de son importance. Son ministère de l’immigration et de l’identité nationale (à définir) contredit cependant cette vision. Hier, César l’a rappelée. Kéchiche, Dati, Zidane, Amara ont été des enfants de « banlieue ». Ils ont saisi leur chance avant d’être saisis par des « racailles » et par « Hortefeux ». Grâce à eux, la France a une belle image de par le monde. Pour son intérêt et pour l’intérêt de ses partenaires, cette belle image doit perdurer. Aussi bien la France que le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie ont besoin de ces Kéchiche and co là où ils sont aujourd’hui ! Les césars
Hafsia Herzi sur TPS Star
Interview Hafsia Herzi
Recommandez (35) | Pages vues: 179 | Version imprimable | Suggérer par mail
|
- Les messages comportant des attaques verbales contre les personnes seront supprimés.
- Vous pouvez renouveler le code de sécurité en appliquant un rafraîchissement à votre navigateur.
- Appliquer cette méthode de rafraîchissement si vous avez entré un mauvais code de sécurité.
| |