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«VHS Kahloucha» ou comment j'ai tourné le «Tarzan des Arabes»
11-07-2008

PARIS, (AFP). Un documentaire tunisien au titre improbable, «VHS Kahloucha» qui sort mercredi en France, suit un peintre en bâtiment devenu acteur-cinéaste-producteur et idole locale en bricolant, avec une énergie et une imagination sans limites, des films d'action irrésistiblement drôles.

 

Il a 45 ans, se nomme Moncef Kahloucha, et vit à Sousse, Tunisie.

Lorsqu'il n'est pas sur un échafaudage, Moncef tourne des films, «La misère pour en finir avec la bouteille» ou «Frankeinstein Kahlouchein interdit aux moins de 30 ans», que l'on s'arrache, en cassettes VHS, dans son quartier.

Pour sa dernière production «Tarzan des Arabes», dont ce documentaire raconte le tournage, Moncef pallie comme toujours, le manque d'argent, avec une recette infaillible: tout faire lui-même, avec l'aide d'amis et de voisins.

Il recrute une «beauté de Sousse», parce que «dans les films de Belmondo et Delon, il y a toujours une jolie fille», des costauds de la salle de sport qui joueront les méchants et une femme âgée, venue incognito car son mari craint qu'elle ne tourne des scènes «indécentes» avec des hommes.

Les décors et accessoires sont achetés au souk après marchandage, les dialogues, souvent improvisés, et le tournage en vidéo, mouvementé: les cascades se soldent parfois par des points de suture, et un véritable incendie, par une intervention des pompiers !

Pour mettre du sang sur le front d'un truand abattu dans l'un de ses films, Moncef Kahloucha n'hésite pas non plus... à s'entailler le bras.

«Je veux refaire les films qui ont marqué mon enfance» explique-t-il, citant ses idoles: «Clint Eastwood, Charles Bronson, Lee van Cleef et Jim Brown». «Quand je les vois, j'ai l'impression de voir mon père, ça me fait pleurer!».

Cocasse, rythmé par un montage vif et une belle bande sonore, truffé de brèves interviews toujours pertinentes, «VHS Kahloucha» est un passionnant portrait de cet Orson Welles tunisien, qui contrôle ses productions de A à Z.

Mais au-delà, cette «comédie documentaire» elle-même tournée avec un budget modeste, analyse finement le rôle social de ces films artisanaux, grand motif de fierté pour les habitants d'un quartier pauvre de Sousse.

Car l'auteur, le cinéaste Néjib Belkadhi, montre aussi les difficultés d'une génération de jeunes Tunisiens au morne quotidien – «Réveil, bibine, dodo», dit l'un -, condamnés au chômage par une éducation défaillante, laissés pour compte d'un développement économique quasi exclusivement tourné vers le tourisme.

Chaque projection d'un film de Kahloucha est l'occasion de se retrouver et de partager des fous rires.

En suivant jusqu'en Italie des émigrés tunisiens dont le mal du pays est adouci par par le visionnage du «Tarzan des Arabes», Néjib Belkadhi montre aussi la dureté de la condition de clandestin.

Et son injustice, en évoquant la longue peine de prison infligée au frère de Kahloucha, pour un séjour sans papiers.

Agé de 36 ans, Néjib Belkadhi a débuté comme acteur au cinéma et au théâtre avant de fonder sa société, Propaganda Productions, avec son ami Imed Marzouk.

Source : http://www.tv5.org


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