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Les problèmes du cinéma musulman : entretien avec Maheen Zia
06-09-2008

L'Union des réalisateurs de court-métrages des pays musulmans a pour objectif de surmonter les problèmes auxquels les cinéastes sont confrontés et de les aider à accéder aux festivals internationaux. Interview, par Martin Gerner, de Maheen Zia, Pakistanaise, membre fondatrice de l'Union.

 

Pourquoi l'Union a-t-elle été créée et qu'avez-vous réalisé la première année ?
Maheen Zia:
La première année, nous avons diffusé dans nos festivals respectifs des films provenant des pays membres: la Palestine, le Liban et la Syrie ont programmé des films fournis par notre union.
Mais le démarrage est lent. Nous n'avons pas encore de bureau – nous empruntons toujours le bureau du "Festival du court-métrage de Téhéran". Et une présentation était prévue au festival de Karachi, mais du fait de l'attentat contre Benazir Bhutto, cela n'a pas eu lieu. Nous avons dû annuler le festival de 2007, car la situation était très incertaine.

L'Union a été fondée à Téhéran. N'est-ce pas légèrement contradictoire d'y avoir son siège tout en prétendant être une organisation aussi libre que possible ?

C'est l'Iran qui a eu l'initiative. L'Association iranienne du jeune cinéma a invité le groupe de personnes qui était à l'origine de l'Union. Le trésorier vient d'Afghanistan, et le chef des relations internationales de Tunisie. Il n'y a donc là rien d'une concentration de pouvoirs. Le pouvoir est équilibré. L'adhésion est libre et nous invitons d'autres cinéastes.

Qui fait partie de l'Union ?

Nos membres se répartissent sur différents pays, de l'Asie à l'Afrique. Nos cinéastes viennent des pays suivants: Tadjikistan, Ouzbékistan, Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Tunisie, Syrie, Liban, Koweït, Palestine, Bosnie et Herzégovine, Soudan, et autres. L'Inde a présenté sa candidature.
Ce pays a une petite minorité musulmane. Mais l'organisation est ouverte à tous les pays où il y a des musulmans, bien qu'elle ne soit pas exclusivement réservée aux musulmans. Des cinéastes non musulmans peuvent aussi en être membres.

Quel est votre but principal ? Est-ce répondre à tous les clichés sur le monde musulman qu'on peut voir dans les films venus de l'Ouest, surtout après les événements de septembre 2001 ?

Oui, c'est à peu près ça. Les musulmans sont effectivement l'objet de discrimination.
Il faut aussi contrer la culture en blanc et noir véhiculée par les médias: "Voici un musulman progressiste; voici un musulman rétrograde." Ajoutons qu'il s'agit aussi de célébrer la diversité des cultures musulmanes. En Inde, la culture des musulmans est différente de celle des Tunisiens ou des Turcs. Il s'agit donc de créer un espace pour cette diversité et de le partager.

Qu'entendez-vous par "discrimination" ?

Les pays que j'ai cités sont généralement pauvres. Les cinéastes doivent y faire face à des handicaps économiques. De plus, j'estime que les médias occidentaux véhiculent une image faussée des musulmans. D'ailleurs, même l'Inde propose des clichés à en revendre. Le musulman se doit de porter le turban, il y a toujours une danseuse du ventre au coin de la rue. Même dans les grandes productions de Bollywood, ça fourmille d'erreurs dans le genre.
En quoi, selon vous, les films occidentaux présentent-ils une image faussée de l'islam?
Prenez l'affaire du voile par exemple. Il est considéré exclusivement comme une marque d'oppression, sans qu'on comprenne sa signification véritable et ses origines culturelles. Il y a quelques années, le film Yasmin produit au Royaume-Uni, représentait des personnages extrêmes, presque des caricatures de musulmans. Il en existe bien quelques-uns dans la réalité, mais ils ne sont pas la majorité.

Vous essayez de faciliter l'accès de cinéastes musulmans aux festivals. Quelles difficultés rencontrent-ils ?

Les réalisateurs afghans, par exemple, ne sont même pas au courant de ces festivals. Ils ignorent jusqu'à leur existence. Au Pakistan, il y a quelques années encore, nous n'avions aucun contact avec nos confrères, jusqu'à ce que nous finissions par nous rendre compte que les festivals allaient accepter nos films. Il y a donc, dans notre travail, une dimension d'information.
Nous voulons aussi constituer une base de données. Ainsi les festivals internationaux de tous les pays du monde pourront avoir accès à toute la diversité des films de tous nos membres.
Nous voulons aussi proposer une sélection de nos films sur le marché international du cinéma afin de les commercialiser. C'est là généralement le point faible de nos réalisateurs. Ils ne savent pas très bien vendre et diffuser leurs œuvres. Nous espérons que l'Union y suppléera.

Quels sont vos projets pour l'année à venir ?

Pour l'instant, nous n'avons pas un gros budget. Nous recherchons encore des partenaires commerciaux.
Nous ne comptons que quelques dizaines de membres. Nous aimerions atteindre les 500 l'année prochaine, afin de vraiment décoller. J'espère aussi que nous aurons bientôt notre propre site internet où les cinéastes trouveront des informations relatives aux festivals à venir. Nous pourrions éventuellement donner un coup de main pour la traduction, au niveau des formulaires de candidature et des sous-titres. Ce sont des choses qu'on peut faire sans avoir besoin de se rencontrer.

Jouranliste en Freelance
Service de Presse de Common Ground (CGNews),
www.commongroundnews.org
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