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"Le Premier Principe Le Second Principe", de Serge Bramly : un ciné-roman à l'envers
02-10-2008
Premier principe : tout corps se refroidit au contact d'un corps froid. Second principe : dans un système fermé, le désordre va en augmentant. C'est vrai en physique, mais aussi en politique, paraît-il, en économie, et même dans les affaires de coeur... Admettons. Serge Bramly avait-il besoin pour autant de donner un titre un peu snob à un roman qui ne l'est pas du tout ?

Le Premier Principe Le Second Principe n'a pas été conçu comme le roman de la République mitterrandienne. "A partir de l'histoire d'un photoreporter, explique l'auteur, je voulais écrire une sorte d'intrigue policière. J'ai découvert en cours de route que je couvrais les années Mitterrand." Plus exactement les cuisines et les basses oeuvres de cette période. Le livre raconte les destins croisés de quatre personnages, qui ont bien existé : une princesse étrangère, morte dans un accident d'automobile à Paris ; un ex-premier ministre français, qui s'est suicidé ; un demi-agent de renseignement qui était son photographe officiel ; et un trafiquant d'armes suisse. Les deux premiers ne portent pas de nom dans le livre, mais on les a vite reconnus.

 

Serge Bramly établit ou suggère des liens entre ces quatre affaires. "Aucun des faits rapportés ne contredit les rapports de police, affirme-t-il. Je me suis seulement permis de modifier un peu la chronologie." On aurait tort d'y chercher des révélations : nous sommes bel et bien dans un roman, un roman intelligent, bien ficelé, qui ne permet jamais au lecteur de s'ennuyer.

 

Né à Tunis en 1949, Serge Bramly a souvent joué dans ses livres - dont La Danse du loup (Belfond, Prix des libraires 1983) - sur les thèmes de l'irréalité et de la mystification. Pour celui-ci, il a beaucoup lu et s'est beaucoup déplacé, armé de son appareil photo. Il a passé quinze jours en Chine, par exemple, dans la ville où se déroulent les dernières scènes du roman. Et, à défaut de retourner à Téhéran, autre décor du livre, où il n'avait pas mis les pieds depuis vingt ans, il a longuement navigué sur Internet pour savoir ce qu'étaient devenus les lieux dont il se souvenait. Car ce passionné de photographie est aussi un grand admirateur de l'écrivain allemand W. G. Sebald, dont il partage le souci maniaque de la précision. "J'aurais volontiers inséré dans mon roman des photos, des factures, des tickets de transport..."

Quelques contacts dans les milieux du renseignement ne lui ont révélé aucun secret d'Etat, mais une foule de détails, sur le jargon, les bureaux, la cantine, le parking... tout en lui évitant de partir sur de fausses pistes.

 

Dans ce roman très cinématographique, beaucoup de scènes ne sont pas vues par le personnage principal, mais avec le regard d'un personnage secondaire. "Cela permet d'ajouter un paravent supplémentaire, de faire oublier qu'il y a un écrivain derrière, explique Serge Bramly. Plus vous multipliez les angles, plus vous donnez de la profondeur. Comme au cinéma."

 

Le narrateur ne fait une première et timide apparition qu'à la page 79. Il va sortir peu à peu de l'ombre : on comprend alors qu'il est un membre des services secrets à qui a été confiée l'étude d'un dossier explosif et que tout ce qu'on a lu jusqu'à présent est le résultat de son enquête ou de son imagination. Un roman à l'envers en quelque sorte.

"Dans une première mouture, précise Serge Bramly, le livre commençait de manière banale : un type de la DGSE recevait un dossier à traiter. C'était faible, et ça m'obligeait à revenir continuellement en arrière, sans pouvoir partir de l'accident de Diana, alors que la princesse est en filigrane dans tout le livre. De fil en aiguille, j'ai fini par inverser les deux parties."

La solution lui est venue en regardant la télévision. "Dans un épisode de la série "Lost", dont on ne voyait pas l'issue, des personnages étaient projetés quinze ans plus tard et se souvenaient de la période actuelle. Génial ! Les scénaristes ont un demi-siècle d'avance sur les romanciers. Le cinéma a tellement pillé la littérature qu'il n'y a pas de honte à s'en inspirer."


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