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Portrait : Ahmed Snoussi Le don est une affaire de cœur… Ses amis l’appellent «Yves- la douceur». C’est tout dire… Né un soir de songe, au bord d’un précipice, ayant rencontré, et le dieu du théâtre et la belle Hélène, la petite fille de son rêve, prompte à panser ses plaies, il se réveillera au monde…, conscient que rien ne pourra faire qu’il bifurque de sa route, en trahissant sa vocation.
Comme figure initiatique, il y eut son maître d’école Adel Ounis. Puis Zmerli, Agrebi, ou encore Serge Eric… qui prirent le relais de la passion, contribuèrent à la nourrir… et la navé va. De l’effervescence créatrice du Kef de ces années-là, jusqu’au retour à Tunis, et le passage à la télévision ou encore au cinéma, avec toujours le théâtre en ligne de mire, Ahmed Snoussi, solaire et charismatique, ne s’est jamais départi d’une bonne dose d’humour qui est pour lui, le meilleur moyen de prendre de la distance par rapport à tout ce qui tourne –pas rond- ici-bas, préférant en rire, plutôt qu’en pleurer, et bravant, le regard souverain, et comme détaché de tout, toutes les tempêtes. Pourvu qu’il puisse exercer, avec son aisance coutumière, fruit de longues années de travail acharné, conjugué à un don certain, qui est don de soi et don de cœur, son art de comédien.
Un chemin de croix ? Il vous répondra sûrement qu’il a fait son choix. Et qu’il s’y maintient. Dans un long-métrage tunisien, peut-être le «Chant de la Noria» de Abdellatif Ben Ammar, il y a un plan-séquence qui vibre d’intensité, où on le voit levant son verre, et dansant le visage heureux, remplissant l’écran d’on ne sait quelle énergie impressionnante, qui déborde de l’image, à tel point q’il est facile, pour le spectateur potentiel, d’en ressentir le flux, autrement positif qui s’en dégage, comme si l’écran ne pouvait plus faire rempart, et implosait de lui-même. Cela s’appelle le talent. Indéniablement. Et cela, personne ne pourra rien y changer.
C’est un peu comme ses frasques de petit garçon espiègle et rieur, qui refuse justement de trahir son enfance, et la préserve en lui, comme un trésor inépuisable pour les jours sans soleil. Un antidote en somme, et un viatique. N’en déplaise justement aux jours sans soleil. Et puis il y a le sourire d’Hélène… Source : Le Temps | Publié le 08.09.2008 |