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Les septièmes rencontres cinématographiques de Béjaia Version imprimable Suggérer par mail
http://www.letemps.com.tn/upload/N8-3col--culture26-06-2009.jpgPluralité des regards sur un Maghreb en mutations (2)
En dépit des carences institutionnelles  et de l'absence d'écoles de cinéma (inexplicable pour un pays de trente cinq millions d'habitants), les jeunes cinéastes algériens  font preuve d'une grande vitalité et les films qu'il nous a été donné de voir sont d'une diversité et d'une richesse telle qu'ils  augurent probablement de lendemains meilleurs pour les cinéastes de l'intérieur.

Cinéastes émigrés, cinémas acculturés ?

 Pour les cinéastes  algériens de France, la situation est différente, Et le thème des rencontres cette année a été l'occasion de discuter de ce qui fait la spécificité du regard des cinéastes algériens sur leurs sociétés d'origine, si spécificité il y a.  Si  le cinéma algérien est aujourd'hui de nouveau aux avants postes du cinéma arabe et africain, c'est surtout grâce à des films réalisés par des cinéastes  de la diaspora. Tarik Téguia, Rabah Zaimeche   font partie aujourd'hui du cercle très fermé des  jeunes auteurs  reconnus pour leurs talents de cinéastes et non en raison de leur appartenance culturelle à l'aire Magrhrébine . En dépit de démarches aux antipodes, ils interrogent l'Algérie d'aujourd'hui dans ses douleurs, ses incertitudes, son devenir et les blessures de son passé proche. Zaimeche et Téguia  ont su trouver un style unique qui leur a permis d'extirper leurs films de la fange identitaire et  de  positionner leurs démarches dans un cinéma universel. Avec Lyès Salem dont « mascarades » est le premier long-métrage on assiste à un renouveau de la comédie sociale à l'algérienne débarrassée de tout folklorisme et frappant là où il faut. Moins connus du grand public, Lakhdhar Tati nous a offert avec « Joue à l'ombre » un documentaire fiction à la première personne sur l'urbanisme dans la ville d'Alger, un film d'une audace » formelle et d'une sensibilité qui en disent long sur son potentiel et sur le grand cinéaste en devenir qu'il est, Sabrina Draoui autodidacte dans le cinéma réussit avec  « Goulili » à trouver la forme adéquate à un huis-clos d'une grande intensité sur la condition de la femme en Algérie abordée à travers le prisme de deux jeunes filles incarnant deux projets de société aux antipodes. L'interrogation du type de regard que portent ces cinéastes algériens  résidant en France est un terrain miné et les débats autour de leurs films ont eu le mérite de lever beaucoup d'équivoques et de préciser les enjeux sous jacents à ce qui relève parfois d'une véritable cabale contre ces cinéastes de la diaspora. Premier élément de l'accusation, leur impossibilité du fait de leur éloignement de rendre compte de la « réalité » algérienne. Cet argument est très dangereux aussi bien politiquement qu'artistiquement  pour peu que l'on prenne la peine   de le déconstruire. Il postule en effet que la réalité algérienne est un bloc monolithique uniquement accessible qu'aux algériens  d'Algérie, les autres ceux de l'extérieur étant en déficit d' »algérianité » du seul fait d'avoir choisi de vivre à l'étranger. Ce discours s'arrogerait donc le droit de la définition de ce qu'est la réalité (qui n'est en  fait qu'un construit, un artéfact) et d'exclure dans un même mouvement tout ce qui n'entrerait pas dans cette définition étriquée et malsaine de l'appartenance à une nation. Dans cette optique, le cinéma ne serait là que pour refléter une réalité qui lui préexisterait. Ce qui fait du cinéma un art c'est justement cette faculté qu'il a à transcender le réel pour nous le faire redécouvrir, pour nous le « re-présenter ». Ce qui se profile derrière ce discours est la volonté de mettre au pas le cinéma de la diaspora.

 Ce retour des cinéastes de l'émigration à leurs pays d'origine est  le signe de leur  volonté de s'arrimer à l'Algérie et aux transformations qu'elle connaît, ces regards tout acculturés qu'ils soient ne sont pas inauthentiques (à supposer que l'authenticité soit objectivable), ils constituent autant de contributions  à la redéfinition sans cesse disputée de la question identitaire. C'est grâce à cette pluralité de regards et à la possibilité de leur coexistence pacifique qu'une société démocratique peut advenir.

Ikbal ZALILA                   
 

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